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Le droit de savoir est une question qui préoccupe tant les lecteurs de journaux que les médias.

De 1994 à 2008, une émission fut créée au sujet de ce droit de savoir et elle emporta un vif succès.

En 1976, Michel Foucault publie la Volonté de Savoir qui interroge le rapport que l'individu

entretient à la Vérité.

Les médias participent de cette volonté au travers de la mise en image d'informations et ainsi

 le lecteur a accès à la vie de personnalités politiques, économiques, cinématographiques ou encore

artistiques.

Le rapport qu'entretient le lecteur à l'image dont il est le récepteur, d'autre part le rapport qu'entretient le

créateur d'images et d'univers aux personnalités qu'il explore et rencontre est un rapport particulier:

invitant au désir tout autant qu'à la peur, il repousse les frontières de la réalité.

Quelle frontière dresser entre la personnalité médiatisée et le médiateur qu'est le journaliste d'autre part?

Les médias possèdent-ils le droit d'explorer la vie de personnalités prestigieuses au point de "salir" voire

"détruire" des carrières politiques comme ce fut le cas pour Dominique Strauss Kahn par exemple et l'affaire

de l'agression d'une femme de chambre?

Afin de répondre à ce problème grave, étudions ce que signifie premièrement que le concept d'information

et à quoi il peut peut servir.

Deuxièmement, ce que signifie qu'un monde d'images et de représentation et en quoi il se distingue d'un

monde intime par exemple.

Troisièmement, jusqu'où chemine l'image pour tenter de frapper le lecteur: quel est son droit, quel est sa

responsabilité dans l'avènement de l'histoire qu'elle crée?

 

Qu'appelle-t-on l'information?

 

L'histoire médiatisée de DSK nous révèle ce que signifie que la notion d'information

Au travers d'elle, nous découvrons non seulement un "abus de pouvoir " mais aussi quelque chose

qui relève de la justice ainsi  que de la violation d'une vie privée: celle de DSK, médiatisée, et celle de

la femme de chambre dont il a abusé. L'information, c'est donner la justice aux choses; à savoir au fait.

 

Il n'en demeure pas moins fort difficile de comprendre à qui sert une telle information et nous pouvons nous

demander s'il est juste ou non de savoir de telles choses. Avons-nous le droit de savoir?

Le journaliste questionne-t-il ce qui lui plaît de questionner, ou ou est-il animé par un désir véritable

d'informer qui donnerait sens à des informations souvent dénuées de sens?

Au travers de la chute de DSK, l'information est parvenue au paroxysme de sa disibilité et elle informe au

point de se faire avènement de l'histoire en tant qu'elle participe de son élaboration. "Informant" dans la

mesure où elle donne à informer, où une volonté de montrer s'exprime. Mais quelle est la nature de cette

volonté?

 

Cette volonté est-elle animée par un véritable désir de savoir? Ou au contraire relève-t-elle d'une volonté

de dire qui vise à choquer, à heurter voire "médire " par le trop d'informations qu'elle révèle?

Analysons de près la situation : qu'est-ce qui est né d'une telle médiatisation?

Qu'a-t-on voulu transmettre en donnant à voir l'intimité de cet homme jusqu'à conditionner sa chute?

Si l'on observe les mots qui interrogent la situation, ce sont ceux de DSK, et son rapport avec la justice,

ou encore avec les femmes, DSK  et les relations qu'il entretient avec le monde

non strictement politique.

 

Ce qui nous fascine , c'est l'envers comme dirait Lévi-Strauss du décor et de l'endroit, à savoir qui est de

vouloir comprendre qui se cache derrière le personnagede DSK, comme au théâtre.

L'homme politique, ainsi, est-il une personne qui entretient un rapport à la réalité de l'ordre du théâtre, à

savoir sa vie, privée autant que publique doit-elle répondre de ce lieu, doit-elle être absolument "visible"?

Il semble que de tout temps, les journalistes ont souhaité comprendre l'homme de "pouvoir" qui fascine,

tout autant qu'il irrite.

 

En effet, celui qui "décide", c'est celui qui pénètre, à savoir que le pouvoir est lié à la notion

anthropologique de "prendre part" au monde, à rentrer dedans, à imposer sa volonté. Il est par là

intimement lié à la sexualité selon le journaliste Renaud Dely. Prendre la parole, exposer des conceptions

et volontés c'est aussi jouer avec ce qui existe de plus secret et intime, à savoir, sa sexualité.

L'exemple le plus frappant qui illustre cela est le remariage de Nicolas Sarkozy en 2008: par ce geste,

Sarkozy montre que le pouvoir sans femme est un pouvoir vulnérable et dangereux, ainsi qu'une stabilité

étatique équivaut à une stabilité dans la vie privée.

 

Ainsi la volonté d'un journaliste de répondre de l'intimité d'une personne politique n'est pas unilatérale;

l'homme politicien, de son côté souhaite également jouir du bon état et de la bonne et juste mostration

d'une réalité intime.

 

La vérité est que s'opère un véritable "jeu" entre l'informateur et le "personnage" politique: jeu entre ce

que le journaliste cherche à "anticiper" des "secrets" politiques, et ce que l'homme politique souhaite

"montrer" de sa "fausse" visibilité.

 

Nous ne pouvons donc pas dire que la volonté de dire ne vienne que du journaliste.

Elle vient aussi d'une volonté de l'homme politique de jouer de son image.

 

Dans l'affaire DSK, le problème est donc que l'information passe d'un statut épistémique d'information vraie

ou voulue au statut d'informer créatrice et par là, d'information dramatique ( drame entendu au sens

d'évènement qui suscite une action).

 

Une telle information participe à l'écriture de l'histoire , elle est en ce sens à considérer non plus comme

"Lisibilité" ou "traduction  mais comme action, elle agit, elle performe pour, elle prend vie, presque.

Le journaliste est donc aussi un participant de l'histoire, tout comme l'écrivain ou l'historien: son intention

va même au-delà que ces derniers en tant qu'elle n'intervient pas avec une distance minimale mais

intervient directement ( de temps) sur le réel.

 

Nous pouvons conclure que l'information par conséquent, questionne le réel de façon frontale, et que sa

tâche est tout autant de créer de l'histoire que de repousser les évidences d'un théâtre politique

faussement transparent.

 

Désormais interrogeons pour conclure notre réflexion, la notion d'image et de représentation, et en quoi un

monde d'image se distingue d'un monde intime et pourquoi le concept d'intime est-il problématique dans

l'exercice du pouvoir.

 

L'intime est un concept philosophique: il est défendu depuis longtemps par Jean-Jacques Rousseau au

travers d'une littérature et d'une philosophie égotique. Cette notion est explicitée au travers de la faculté

de parler de "soi" à la fois de manière privée et à la fois de manière sociale.

 

Le philosophe Michael Foessel, au travers de son ouvrage "la Privation de l'intime" cherche à montrer

comment les médias usent et abusent tout autant que les hommes politiques du concept de vie privée. A

ce concept , nous devrions subtituer celui d'intimité et c'est ce que nous propose Michael.

 

En effet, la notion d'intimité tend, au contraire de celle de vie privée, à valoriser l'espace intime du fait en

lui-même.

Cela signifie-t-il qu'une photo d'un homme ravagé par la douleur suffise à faire de cet homme un homme

coupable?

L'image suggère, l'image illustre mais que dit-elle vraiment? Elle évoque et invoque des faits étrangers à

elle-même.

En cela, sa valeur est tant inscrite dans la réalité que dans l'imaginaire et son pouvoir de suggérer.

L'image constitue une réponse à ce qui nous environne et son droit est sans doute d'abord de donner à

voir, ensuite de donner à rêver.

 

En cela, l'image participe à esthétiser le monde, y compris dans l'avènement d'un fait historique: donner à

voir une image, c'est donner un accès à un monde pour quelqu'un qui se trouve à l'autre bout du monde.

L'image est un moyen de communication et ne constitue donc pas une fin en elle-même: à l'image d'un

tableau de Magritte invitant les spectateurs à voir se fusionner la perspective du monde et la toile du

créateur.

 

L'image a-t-elle détrôné la réalité? DSk qui bascule du côté du "mal", est-ce un DSK qui n'a jamais été

jugé à sa véritable valeur? Qui questionne t-on dans ce moment de l'histoire? Ne questionnons-pas à  la

fois ce que nous connaissons de cette personnalité politique et ce que nous en voyons aujourd'hui?

Nous questionnons la temporalité.

 

L'image résiste au temps, et si elle est capable de mener l'histoire à son avènement, elle est aussi capable

d'en inscrire à tout jamais ses paradoxes.