Tree-of-Life-Movie

N'allez pas voir Tree of Life, le dernier film de Terrence Malick, actuellement en salle. Si le titre inspire la vie, le film inspire la mort et la tristesse, la mélancolie de vivre d'un monde appelant Dieu.

L'histoire, simple, parle de l'opposition entre la nature et la grâce; deux concepts s'opposant par le fait que le premier invite à la conservation de ses instincts et besoins alors que le second invite au renoncement de sa nature au profit du don de soi et de la persévérance.

Au travers de l'interprétation de Brad Pitt et de Jessica Chastain, Malick dresse un portrait moraliste et autoritaire de la vie de famille, où la grâce et la nature cohabitant ensemble dans le même foyer, font naître des paradoxes difficiles et insurmontables pour les futures générations que constituent leurs enfants.

Ainsi, le film est une parabole autour de la notion de bien et de mal, de la foi animant cette famille dans son rapport au monde et à Dieu et à son impossibilité de comprendre le mal dont elle sera la victime: la perte d'un enfant et l'échec professionnel d'un père.

Si la trame du film est simple, la mise en scène ne l'est pas: juxtaposée d'images métaphysiques représentant l'origine du monde ou encore de substances évoquant la fusion ou la séparation d'éléments, l'histoire nous semble confuse car inégale et perturbée par ces scènes incompréhensibles et mystérieuses ne donnant pas de réponse à la présence de Dieu dans le monde.

Malick, réalisateur de la Ligne Rouge, ou encore des Moissons du Ciel, de formation philosophique, a sans doute voulu au travers d'un questionnement dialectique, nous montrer qu'il existe une réelle dualité entre la vie ordinaire et la vie céleste.

Si le personnage de la mère, Jessica Chastain tend à réduire cette dualité, au travers de sa beauté et de son attitude aimante envers Dieu et ses enfants; du Ciel tout autant que de ce dont il l'a dôté, il semble que nous parvenions à une réponse à notre questionnement.

Mais la manière d' y répondre est si peu subtile et délicate que le spectateur n'est pas mené à la réflexion ni à la recherche: Tree of Life donne des réponses de manière floue et maladroite au lieu de nous donner des clefs et des outils à la manière de Lars Von Trier, autre réalisateur moraliste dans le film Dogville.

La conséquence est que le spectateur demeure incapable de répondre aux images et propos qu'il reçoit sinon dans une acceptation subie; le cinéma ne se fait pas généreux chez Malick, ni vraiment interrogateur: il impose au travers d'un film désorganisé, inégale et moralisateur la vision d'un monde cherchant Dieu.

Le projet de Malick de faire le portrait d'un monde harmonieux et mélodieux est à moitié réussie: l'utilisation de procédés stylistiques tels que la narration décentrée par le caractère de la mère donne un esthétisme au film très élaboré. En revanche, la juxtaposition d'images métaphysiques oriente le spectateur vers l'incompréhension du propos. Malick a sans doute cherché à montrer ses références telles que 2001 l'Odyssée de l'espace, ou ses interrogations au sujet de l'être et l'étant, en bon lecteur Heideggerien. Mais le film ne donne pas de réponse, ne questionne pas la nature et la grâce, à la manière des grecs questionnant poros et penia, la richesse et la pauvreté au travers d'une parabole simple.

Tree of Life demeure donc un film mystérieux, beau et invitant à se préoccuper de notre destinée mais ne donnant aucune réponse au mystère de la vie.